« Je veux juste être utile » : le mentorat par les lycéens

Contribution de Socrate à la 12ème Journée du refus de l’échec scolaire.

Le mercredi 25 septembre 2019 marquera la 12e édition de la Journée du refus de l’échec scolaire (JRES) organisée par l’Afev, en partenariat avec le cabinet d’études Trajectoires-Reflex et une trentaine d’organisations.

L’association Socrate a dix-huit ans cette année et nous sommes devenus « la petite sœur » de l’Afev en 2015 ; notre compagnonnage est le fruit de deux associations dont les engagements et les philosophies d’action étaient si proches que travailler ensemble et apprendre l’une de l’autre ont semblé évident.

Dans la galaxie des dispositifs qui luttent contre l’échec scolaire, Socrate a la particularité de fonder ses activités sur le mentorat lycéen. Ainsi les 400 bénévoles de Socrate sont-ils tout juste les aînés des enfants et adolescents qu’ils soutiennent. Leurs motivations et leurs façons de mener leur bénévolat sont aussi divers que celles des adultes : certains sont rapidement autonomes, d’autres ont besoin d’être eux-mêmes accompagnés pour trouver leur place auprès des enfants qu’ils soutiennent.

Socrate est donc, comme toute structure de la famille « Réussite scolaire », en constante réflexion sur les enjeux de l’accompagnement. Notre participation à la 12ème Journée du refus de l’échec scolaire, aux côtés de partenaires et personnalités qui nous inspirent, est donc une occasion qui nous enchante.

En seconde, première ou en terminale, nos lycéens bénévoles s’engagent à accompagner chacun un élève, du CP à la 3ème, pendant toute l’année scolaire. Une fois par semaine, à peine leur journée de cours terminée, ils rejoignent un collège ou une école élémentaire dans laquelle ils retrouvent leur binôme parmi un groupe d’une douzaine d’autres binômes.

L’atelier Socrate pour les enfants et adolescents accompagnés, c’est avoir « un.e grand.e » rien que pour soi ; c’est une heure en fin de journée pour parler de la semaine écoulée et se projeter dans la semaine suivante ; c’est installer un moment agréable avant de faire ses devoirs, échanger des expériences et des méthodes pour apprendre, et parfois pour être moins puni-grondé-collé…

Être bénévole lycéen, c’est faire un pas de côté pour mieux observer son propre parcours d’élève et faire vivre ses aspirations citoyennes, solidaires, philosophiques – que ces espérances aient déjà été formulées ou qu’elles soient encore latentes.

Quand les sujets de discussion sont trop épineux, quand les situations personnelles, familiales, sont douloureuses, les adultes de Socrate prennent le relais des lycéen.nes pour trouver les mots justes. Les mots des adultes seront adaptés à la situation, cependant ils n’auront pas toujours la portée espérée ; souvent les lycéens sont plus facilement écoutés par les enfants, les ados. Car ces lycéen.nes engagé.es portent en eux une légitimité, une crédibilité, que nous, adultes accompagnants, ne parvenons pas toujours à transmettre à chacun.e. Leur vie d’élève n’est pas un souvenir, c’est un quotidien d’exigences scolaires et familiales. De part et d’autre du binôme, on connait la mécanique de précision qu’est une cour de récré, une veille de rencontre parents-profs, on vit dans les engrenages des réseaux sociaux.

Oui, ceux-là exercent encore le même métier, celui d’élève. Mais les plus expérimentés (11 années d’expérience pour un.e néo-lycéen.ne, ce n’est pas rien…) transmettent avec passion leurs savoirs et savoirs-être à leur padawan de 7 à 15 ans.

A Paris, Saint-Ouen, Bondy, Montreuil et Toulouse, tout élève de seconde, première et terminale peut s’engager avec nous, avec comme seules conditions sa motivation personnelle, son engagement à la persévérance… et l’accord parental. Socrate se charge de leur formation, de leur positionnement et du bien-être de chaque binôme et groupe constitués. Dans les établissements scolaires où nous intervenons, une petite cohorte d’élève attend donc avec impatience la rentrée de la Toussaint pour rencontrer les grands qui viendront dans leur école.

Pour Socrate, un.e mentor n’est pas nécessairement quelqu’un qui a conscience de la valeur de son investissement ni de son statut de tiers éducatif au moment de s’engager. Il revient à l’association, aux accompagnateurs d’accompagnants, de leur transmettre les outils pour comprendre le sens de leur engagement. Nos bénévoles ne sont pour la plupart pas conscients de participer à la construction d’une société de solidarité et à la déconstruction des préjugés soupçonneux qui pèsent sur leur classe d’âge.

« Ah bon ? Ben… C’est cool. Moi je voulais juste être utile à quelqu’un… »

Vous êtes tellement plus que ça.

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